À la Chambre des conseillers, l'opposition réclame une meilleure application des recommandations de la Cour des comptes

Lors d'une séance plénière consacrée à l'examen du rapport du Premier président de la Cour des comptes sur ses activités en 2024-2025, les représentants de l'opposition à la Chambre des conseillers ont exprimé mercredi leur préoccupation face à la mise en œuvre insuffisante des recommandations institutionnelles.
Les groupes parlementaires d'opposition ont souligné que les observations de la Cour des comptes constituent un instrument essentiel pour renforcer la bonne gouvernance et optimiser les politiques publiques. Ils ont appelé à améliorer les dispositifs de suivi afin que les recommandations produisent des résultats plus tangibles et mesurables.
Les parlementaires ont insisté sur le passage d'une simple identification des problèmes à leur résolution concrète, tout en plaidant pour une meilleure articulation des politiques sectorielles capable de générer des impacts réels au niveau territorial.
Le groupe Haraki a demandé au gouvernement d'accélérer son engagement envers les recommandations et leur mise en application. Il a notamment relevé que le rapport révèle « un retard dans la mise en œuvre de la loi-cadre n°50.21 relative à la réforme des établissements et entreprises publics, ce qui exige de l'exécutif une accélération de ce chantier important ». Le groupe a également soutenu l'initiative royale en matière de protection sociale, tout en appelant l'exécutif à « élaborer une vision efficiente pour relever les défis liés à son financement et à sa pérennité ».
Selon les données du rapport, le régime AMO des salariés du secteur public enregistre un déficit technique de 1,25 milliard de dirhams à fin 2024, tandis que celui du régime AMO des travailleurs non salariés s'élève à 136 millions de dirhams.
Pour le groupe socialiste, l'examen du rapport annuel de la Cour représente « l'un des moments importants de la reddition démocratique des comptes, dès lors qu'il ne s'agit pas seulement de fournir des chiffres, mais aussi de mettre en lumière les insuffisances constatées en matière de gestion publique ». Les socialistes ont soulevé « la problématique » du fossé persistant « entre la décision publique et son impact réel sur la vie des citoyens ». Ils ont noté que les ressources mobilisées « demeurent contrebalancées par une fragilité dans l'orientation des dépenses vers un véritable impact social ».
Le groupe s'est interrogé sur « l'utilité de l'amélioration des indicateurs financiers si celle-ci ne se reflète pas dans la qualité des services publics ».
L'Union marocaine du travail (UMT) a mis l'accent sur les lacunes identifiées par le rapport en matière de politique sociale et de développement régional, notamment « certaines failles qui limitent l'efficacité de plusieurs programmes et politiques publiques et affectent l'équité territoriale ainsi que l'efficience économique et sociale de l'investissement public ». Le groupe a estimé que « le problème » réside davantage dans les questions de gouvernance, de coordination, de suivi et d'évaluation que dans l'insuffisance des enveloppes budgétaires, en l'absence d'une approche intégrée répondant aux besoins réels des populations concernant l'accès à la santé, l'éducation, l'emploi et les services sociaux.
La Confédération démocratique du travail (CDT) a considéré que le rapport « met en évidence la persistance des faiblesses de coordination entre les différents acteurs, la lenteur dans l'exécution des recommandations et les limites des mécanismes d'évaluation ». Elle a également dénoncé les retards accusés par certains projets et le faible rendement concret de plusieurs programmes malgré les crédits alloués.
La conseillère Loubna Alaoui, représentant l'Union nationale du travail au Maroc (UNMT), a souligné l'importance de cet « exercice constitutionnel pour la promotion du rôle du Parlement au service du contrôle des politiques publiques et du suivi de la gestion des deniers publics ». Elle a salué le travail des magistrats de la Cour ainsi que ses rapports, « devenus une référence pour les gestionnaires publics et l'institution législative ».
Malgré les efforts consentis pour réduire les disparités territoriales et sociales, les résultats demeurent « en deçà des engagements pris en raison notamment du retard pris dans la mise en œuvre de la déconcentration administrative, des programmes de développement territorial et du ciblage insuffisant des catégories vulnérables, particulièrement en milieu rural », a-t-elle précisé.
Mme Alaoui a appelé à l'adoption d'une véritable approche holistique et à l'application des directives royales en faveur d'une justice territoriale effective.
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